Les 5, 6 et 7 février s'est tenu le premier colloque sur le thème : Travailler, s'orienter : quel(s) sens de vie?
Le début du 21e siècle se caractérise par l’incertitude résultant des mutations multiples que les sociétés traversent et de la crise qui sévit. La question du « sens » ou des « sens », appliquée au travail comme à la vie toute entière, prend alors une pertinence particulière. Les recherches récentes dans le champ de la psychologie appliquée et de la psychologie de l’orientation ont donc investi notablement cette question du sens, en essayant d’en identifier les contours, d’en développer des modèles et d’en évaluer les conséquences pour la santé et le bien être. Ces préoccupations sont pluridisciplinaires, croisant des réflexions fécondes en sociologie, philosophie, sciences de l’éducation, management ou sciences de la vie. La question du sens voit aussi son étude infléchie actuellement par l’émergence des sciences de la complexité et l’évolution de méthodes de recherche qui visent le dépassement des modèles linéaires ou causals, pour mieux comprendre les rapports entre sens du travail et sens de la vie, rapports à la fois subjectifs, évolutifs et liés aux contextes.

Ce colloque a tenté de mieux comprendre ce que sont le sens de la vie et le sens du travail, leurs relations, et les liens qu’ils entretiennent avec les choix d’orientation et le vécu des situations de transition. Il a abordé un certain nombre de questions :
•    Comment la question du sens est-elle abordée aux différents âges de la vie, notamment quel est le rôle de l’âge et de l’expérience ? Comment les périodes d’activité, de rupture et de transition contribuent-elles à donner du sens ?
•    Comment la nécessaire conciliation des domaines de vie est-elle liée à la relation entre sens de la vie et sens du travail ?
•    Comment arrive-t-on à donner du sens à son travail face à des contextes organisationnels incertains et quel impact la construction du sens a-t-elle sur la santé des travailleurs ?
•    Le sens du travail et de la vie : Quelles fonctions pour l’orientation tout au long de la vie ? Quelles représentations ? Quelles définitions, modèles et épistémologies sous-jacentes ?
•    Comment les valeurs contribuent-elles à éclairer le sens que les individus donnent à leur existence ? Comment dépasser les informations fournies par les intérêts ?
•    Quelles approches de l’accompagnement sont susceptibles d’aider à la construction de sens ?
•    Quelles méthodes mettre en œuvre pour redonner du sens dans les organisations et les collectifs de travail ?

Résumés et Diaporamas des différentes conférences

  • Travailler, s'orienter, quel(s) sens de vie: introduction

Jean-Luc BERNAUD, Professeur en psychologie au Cnam et Even LOARER, Professeur en psychologie au CNAM

Les questions du « sens de la vie » et du « sens du travail » apparaissent comme de nouvelles problématiques du 21ème siècle. Elles stimulent les actions de recherche mais aussi les interventions dans le champ de l'orientation professionnelle et du travail. Mais que recouvrent exactement ces notions ? Quelles sont les conditions de leur émergence ? Comment peut-on les circonscrire ? Finalement, quelles sont les conséquences de ces notions de « sens » pour la personne au travail ou en voie de choisir un avenir ? Et quelles sont les perspectives pour la recherche et les applications ? Nous chercherons à apporter quelques cadres réflexifs à ces différentes questions.

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  • Le sens du travail et le sens au travail pour préserver sa santé mentale et réussir sa vie professionnelle

Estelle MORIN, Professeure titulaire au département management d'HEC Montréal

Le but de cette conférence est de montrer l’importance de donner un sens à son travail et à ses relations pour préserver sa santé mentale et réussir sa vie professionnelle. À la suite de Frankl (1969), Weisskopf-Joelson (1968) et Yalom (1980), nous avions défini le sens du travail comme un effet de cohérence entre le sujet et le travail qu’il accomplit, c’est-à-dire le degré de cohérence entre ce que le sujet est (ses valeurs et ses attentes) et ce qu’il fait dans son travail (les gestes et les buts qu’il poursuit) (Morin, 1995). Le sens ainsi conçu est le produit de l’activité : il est découvert durant l’accomplissement du travail par la confrontation des gestes posés avec les attentes et les valeurs du sujet (le sens du travail) et par l’expérience des relations qu’il entretient avec les personnes qu’il rencontre en raison de son travail (le sens au travail). Steger et Dilk (2010) ont rapporté que les individus qui trouvent un sens dans leur vie, qui ont une raison de vivre, ont tendance à être satisfaits de leur vie, ressentir des émotions positives, être optimistes et avoir une bonne estime d’eux-mêmes. Pour sa part, Isaksen (2000) rapporte que le sens qu’on donne au travail permet de supporter les tensions inhérentes à la vie professionnelle. Les résultats de nos enquêtes menées au Canada, en France et au Brésil, corroborent leurs résultats. Le sens du travail et le sens au travail ont des effets protecteurs voire bénéfiques pour la santé mentale. Le sens qu'on donne à son travail et à ses relations professionnelles engendre un sentiment de sécurité psychologique et de sérénité qui aide une personne à surmonter les difficultés inévitables dans son travail et à mieux gérer son stress. Le sens du travail et le sens au travail sont le reflet des besoins d’activité et d’efficacité de l’être humain, la nécessité vitale de faire quelque chose, de produire quelque chose qui soit utile, en vue de trouver du même coup l’utilité de ses activités et, par extension, de son existence. Ainsi, un travail qui a du sens nous renvoie directement à la notion de « vie utile » (Herzberg, 1995 ; Hillman, 1993 ; Jung, 1930, 1981).

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  • L’unité du soi, enjeu esthétique de l’orientation

Eric HAMRAOUI, Maître de conférences en philosophie au CNAM

Dans son célèbre opuscule, Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? (1786), Emmanuel Kant (1724-1804) définit le concept d’orientation comme désignation du « pouvoir de s’orienter dans l’espace, c’est-à-dire, mathématiquement, [et] d’une façon générale celui de s’orienter dans la pensée ou encore logiquement. » Cette association des dimensions spatiale et réflexive du concept d’orientation est opérée du point de vue d’une philosophie (l’idéalisme critique) qui promeut le courage de penser afin que le genre humain quitte l’état de minorité pour atteindre celui de majorité. Mais si le courage de penser initie le mouvement d’orientation dans la pensée, ce dernier conforte le premier. « Ose penser ! », la devise des Lumières, ne saurait se réduire à l’évocation d’un art des commencements. Le mouvement d’orientation dans la pensée est persévérance – et non simple itération en direction d’un point cardinal. Il est, en effet, besoin de la raison qui pousse l’individu, non seulement à entrer en société, mais d’abord, à trouver une harmonie au sein de lui-même, à échapper à la fragmentation de soi – dont les modalités varient en fonction des époques. Besoin dont la satisfaction requiert, selon Friedrich Schiller (1759-1805), une « éducation esthétique de l’homme ». « Seule la perception de la beauté, dit Schiller, fait de [l’homme] une totalité, parce qu’elle oblige ses deux natures [sensible et spirituelle] à s’harmoniser en un tout. Toutes les autres formes de relations divisent la société […] ; seules les relations fondées sur la beauté unissent la société, parce qu’elles se rapportent à ce qui est commun à tous » (Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme [1795-1796], vingt-septième lettre). L’anthropologie du sujet réalisant l’unité du soi, ici définie par Schiller, peut, selon nous, être opposée aux conceptions opposant le corps et l’âme du sujet (Descartes), sa conscience au corps qu’elle commande, comme dans le système actuel de l’évaluation individuelle de la performance. Division et dédoublement du sujet générateurs de crise et de perte de sens du travail producteur de vie et de subjectivation, qui conduisent à repenser le statut et la fonction de l’orientation.
 
  • Psychologie Positive et entreprise, quels apports ?

Charles MARTIN-KRUMM, Maître de conférences en psychologie à l’Université de Bretagne Occidentale

Ces derniers mois, la psychologie positive a bénéficié d’une forte campagne de vulgarisation, que ce soit lors d’émissions télévisées (ex. M6 émission sur le bonheur 2012), lors de numéros spéciaux de revues de psychologie (Pratiques Psychologiques, Les Cahiers Internationaux de Psychologie), voire même dans « Ca M’intéresse » (2012). Par ailleurs, les ouvrages publiés en français sont de plus en plus nombreux (Lecomte, 2009 ; Martin-Krumm & Tarquinio, 2011 ; Boniwell, 2012 ; Shankland, 2012 ; Martin-Krumm, Tarquinio, & Shaar, 2013). Un congrès scientifique a récemment eu lieu à Metz (21 et 22 novembre 2013). Le prochain congrès européen aura lieu à Angers en 2016. Qu’est-ce qui pousse la communauté scientifique et les médias à s’intéresser à ce champ qui semble nouveau ? Quelles sont ses spécificités ? En quoi consiste-t-il ? Penser une psychologie positive implique t-il qu’il faille envisager une psychologie négative ? L’objet de cette conférence est d’apporter quelques éléments de réponses à ces différentes questions afin que chacun sache ce qu’il est possible d’attendre de ce courant novateur, et ce qu’il est impossible d’en attendre dans le domaine de l’entreprise. Les principes de la Psychologie Positive seront développés, des études qui ont fait date dans le champ seront présentées. Un exemple d’intervention visant à la fois à renforcer la confiance en soi des individus, mais aussi la cohésion d’une équipe, sera présenté de façon détaillée.

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  • L'énonciation du sens dans l'interaction de conseil en orientation

Isabelle OLRY-LOUIS, Professeure de psychologie à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense et Isabelle SOIDET, Maîtresse de conférences en psychologie à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

Les liens établis entre l’interaction, le langage et la pensée ont amené depuis longtemps à poser la question de l’autre dans le développement de la pensée : l’autre avec lequel le sujet interagit dans diverses situations sociales mais aussi l’autre en soi, avec lequel le dialogue intérieur s’établit. Parce que dans le dialogue, « les répliques de l’un empiètent sur les répliques du dialogue intérieur de l’autre » (Bakhtine, 1970, p. 347), on est amené à y énoncer ce qu’on est vraiment aux yeux des autres et aux siens propres. Certains dispositifs sociaux qui s’inscrivent dans des pratiques d’orientation sont susceptibles de stimuler cette altérité dans la pensée sur soi. Reposant sur le dialogue, ils impliquent la combinaison de plusieurs perspectives et débouchent sur l’élaboration de dires sur soi qui, tout en s’inscrivant bien dans un « déjà là », sont aussi pour partie coconstruits dans l’échange. On en citera deux, l’entretien de conseil et le débat : de nature distincte – l’un s’appuie sur des interactions dissymétriques avec un professionnel du conseil et suscite l’élaboration de récits de soi, l’autre s’appuie sur des interactions entre pairs et stimule le discours argumentatif – tous deux constituent un puissant moyen pour interroger et énoncer à plusieurs voix le sens des parcours passés ou à venir. Répartis sur plusieurs énonciateurs, les dires sur soi s’élaborent au fil du dialogue. Lorsque la pensée réflexive prend pour objet la signification des situations rencontrées pour soi et que l’activité discursive du ou des allocuteurs stimule la mise en mots sous le regard d’autres yeux, il arrive que le sens puisse émerger avec force et s’énoncer intelligiblement. A partir d’extraits d’entretiens et de débats menés en orientation, la conférence se propose de décrire quelques procédés discursifs rendant possible une telle énonciation du sens dans le cours même de l’action. Elle s’inscrit dans le prolongement de travaux prenant appui sur l’analyse de discours pour décrire l’activité discursive naturelle des protagonistes du conseil en orientation (Olry-Louis, Brémond & Pouliot, 2012 ; Olry-Louis, soumis ; Soidet, en révision).

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  • La Logothérapie de Viktor Frankl : une réponse aux nouvelles fragilités humaines dans la société actuelle et le monde du travail ?

Annick BOUTIN, Médecin et logothérapeute en région PACA

L’évolution de la société a vu l’émergence de ce que Viktor Frankl appelle la névrose noogène, où l'être humain n’est plus en capacité de répondre aux questions existentielles du sens des événements ou du sens de la vie. La difficulté actuelle à faire face à la "volonté de sens" inscrite dans tout être humain le fragilise et entraîne chez lui une frustration existentielle : c’est ce que l'on appelle la "chute libre dans la névrose noogène". Les réponses de la logothérapie à ces dysfonctionnements dans le monde contemporain consistent à développer l'unicité et l'identité humaine en travaillant, par lui-même, sur la recherche du sens, la découverte des valeurs et l’orientation vers l’accomplissement de ses valeurs.
Comme le courant de la logothérapie le propose, la vie a un sens pour tous et chaque personne en dispose littéralement jusqu’à son dernier souffle. Et plus encore, la vie reste pleine de sens dans n’importe quelle situation. Même des événements tragiques provoquant une souffrance intense peuvent être transformés à partir de l'attitude que chaque personne adopte. Cette conférence vise donc à présenter les apports de la logothérapie comme une réponse possible aux crises existentielles dans la vie sociale et dans le travail. Elle vise à exposer que face à la triade tragique de l’existence (souffrance, mort et culpabilité), l'être humain est capable de trouver par lui-même du sens aux mille situations de sa vie. Pour cela, le courant de la logothérapie travaille avec l'unicité humaine et le développement de l'identité, en s'appuyant sur les valeurs et sur l'accomplissement de celles-ci.

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  • Consultation en orientation avec des enfants migrants : de la rupture du sens de la vie aux re-trouvailles d’un métier comme objet-lien

Emmanuelle REILLE BAUDRIN, Directrice de CIO (Centre d’information et d’orientation), Docteure en psychologie

« Pour découvrir l’opinion de l’individu et savoir comment il se place en face des problèmes de la vie, en un mot pour explorer le sens que la vie peut nous révéler, il ne faudra rejeter aucun moyen et aucune voie a limine. Etudier l’opinion de l’individu sur le sens de la vie n’est pas un sujet dépourvu d’intérêt ; car c’est elle qui en fin de compte est la règle de conduite de sa pensée, de son affectivité et de son activité » (Adler, 1950, p.27). Dans la perspective de ne rejeter aucun moyen pour instruire la question du sens de la vie, nous avons déployé, dans le cadre de consultations en orientation, une méthodologie d’entretiens de conseil centrés sur l’analyse clinique de l’activité. L’activité passée, reprise et analysée dans un espace transitionnel, s’est avérée une puissante ressource pour faire du passé un moyen d’avenir (Reille-Baudrin, 2012). Le passé et les conflits qui l’enveloppent ainsi revitalisés, peuvent permettre, dans des cadres cliniques adaptés, de faire du donné un créé et de dégager de nouveaux sens (Winnicott, 2002).
Adler souligne le lien étroit entre sens de la vie et sentiment social qu’il qualifie de « tendance vers une forme de collectivité qu’il faut imaginer éternelle » (Adler, 1950, p. 197). Il ouvre par cette voie la question du lien entre sens de la vie et sentiment d’une continuité d’être. Pour Winnicott, le sentiment d’une continuité d’existence va de pair avec la santé. Il se développe sur la base d’un environnement suffisamment bon, adapté, évitant envahissements et ruptures afin de permettre « l’auto-développement naturel (continu) du self » (Winnicott, 1992, p.149). La privation brutale de cet environnement est de ce point de vue, tant dans l’enfance qu’à l’adolescence, un traumatisme, une faille dans le sentiment d’une continuité d’existence (Winnicott, 1992, p. 145 ; 1994). Le traumatisme de la migration est en ce sens indéniable -perte du sentiment continu d’exister et perte d’une collectivité imaginée éternelle- rupture du sens de la vie qui conduit à opérer un clivage entre deux mondes référentiels, sans médiation possible entre ces deux univers (Nathan, 1994).
Nous montrerons comment de jeunes adolescents migrants, dans le cadre d’une consultation en orientation , s’engagent dans un travail de tisserand pour parvenir par l’analyse clinique d’activités passées, à recoudre deux mondes séparés : le vécu précédant la migration revisité par l’analyse et le à vivre dont les contours se dessinent déjà dans l’entretien. L’activité ré-éprouvée par la méthode des instructions au sosie (Clot, 1995), fait émerger dans le cadre un objet-lien, un métier, activité humaine par excellence et passerelle universelle entre ces deux mondes, moyen de relier passé, présent et avenir. Dans la vie, « trois problèmes nous sont imposés d’une façon irrévocable : l’attitude envers nos semblables, la profession et l’amour » (Adler, 1950, p. 15), et sous l’angle clinique porté ici, le choix d’une profession pour ces jeunes migrants réveille ces deux autres problèmes et ouvre de nouveaux horizons.

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  • Il y a collectif et collectif

Yves CLOT, Professeur en psychologie du CNAM

Plus on s’éloigne du collectif de métier traditionnel de l’industrie et ce dans l’industrie elle-même, au plus, par ailleurs, on se rapproche du travail de services à la personne, par exemple, au plus l’efficacité durable dépend de la densité et de la qualité des relations professionnelles tissées entre les salariés sur, autour et même dans les objets qui les relient. La collection qui additionne des efforts individuels juxtaposés et concurrents manque d’intensité et dissipe les énergies. Faut-il alors revenir au collectif ? On le dit et même on le répète de plus en plus comme si le collectif pouvait devenir un rempart contre la souffrance au travail. Or, il y a collectif et collectif. L’âge d’or, d’ailleurs mythique, de la corporation de métier est derrière nous. Il est impossible de se faire seulement l’adepte des solidarités d’antan qu’il faudrait seulement retrouver. Elles n’avaient pas que du bon, même pour la santé au travail. Pourtant le collectif est une idée neuve. Mieux, je tiens qu’un collectif de nouvelle génération est devenu nécessaire dans le travail d’aujourd’hui. Et le sens du travail est lié à la qualité du travail. Pas de bien être sans bien faire.
Le principal intérêt du collectif n’est peut-être pas où on le cherche d’habitude. Il ne s’agit pas d’aboutir à la sacro-sainte « bonne pratique » derrière laquelle se ranger en file indienne. L’un des principaux acquis du genre de clinique que nous faisons, quand on parvient à tenir bon sur le cadre, c’est que la qualité du travail au contact du réel est, par nature, définitivement discutable. Et dans cette perspective, ce qu’on partage déjà est moins intéressant que ce qu’on ne partage pas encore. La seule bonne pratique est peut-être la pratique de la « dispute professionnelle » entre « connaisseurs » puis entre « connaisseurs différents ». Car la meilleure façon de défendre un métier c’est encore de s’y attaquer en cultivant les affects, les techniques et les émotions qui le gardent vivant. Pour réhabiliter le collectif, il faut peut-être délibérément tourner le dos à la communauté « protégée ». Encore une fois, le déni du conflit n’est pas sain, même entre collègues de travail. Dès lors qu’on s’attaque aux critères du travail bien fait, la dissonance est vite au rendez-vous dans un milieu professionnel. Les passions du réel aussi. Certes rien ne garantit à l’avance la conversion des passions en actions. En la matière le dernier mot n’est jamais dit.
Au-delà du déjà dit, la santé au travail réclame le développement de « débats d’école » exigeants sur la qualité du travail. Les accords de façade, les silences entendus et même la plainte exprimée envers l’organisation — non sans bonnes raisons — se révèlent souvent comme des obstacles à surmonter. Car, paradoxalement, la déploration aussi peut faire lien. Mais ce lien là est une déliaison dangereuse. Tout collectif digne de ce nom est foncièrement hétérogène. Et l’entretien de cette hétérogénéité permet de voir venir le réel de façon plus sûre, de le retourner dans tous les sens. Elle est même un instrument de veille. La déflation de la « dispute de métier » est un excellent indicateur de l’inflation à venir des querelles de personnes qui empoisonnent souvent les milieux de travail. En matière d’indicateur de santé au travail, je proposerai volontiers, pour finir, qu’on retienne aussi celui-là. On vante souvent les mérites de la coopération. Mais on sait que lorsqu’elle est vraie, elle n’a rien d’irénique. Son idéalisation est trompeuse. Une coopération vraie au travail est garante de sens. On mentionnera les méthodologies qui permettent de l'expérimenter.
 
  • Bien-être, sens de la vie et choix d’orientation

Laurent SOVET, Chercheur en psychologie au CNAM

Dans un contexte marqué par de profondes transformations dans l’organisation du monde travail, les nouveaux paradigmes de l’orientation soulignent davantage la nécessité d’une construction et d’une connaissance de soi selon un processus de réflexivité continue (Guichard, 2014 ; Savickas et al., 2009) plaçant le bien-être et le sens de la vie comme des éléments de plus en plus centraux dans la construction du choix d’orientation (Bernaud, 2013 ; Sovet, Carrein, Jung, & Tak, 2014). Néanmoins, la nature causale des relations entre ces différents concepts et les mécanismes sous-jacents restent fortement débattus dans la littérature scientifique actuelle. L’objectif de cette communication est d’apporter une clarification aux relations entre le bien-être, le sens de la vie et les choix d’orientation en proposant une modélisation intégrant à la fois des perspectives ascendantes et descendantes. L’implication du bien-être et du sens de la vie dans les pratiques d’orientation sera discutée.

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  • Les quatre sens du projet

Jean-Pierre BOUTINET, Professeur émérite à l'Université catholique de l'Ouest d'Angers

A propos de l’orientation que le jeune choisit pour son avenir comme du projet que l’adulte se donne pour organiser son parcours, se pose spontanément à ce jeune et à cet adulte la question du sens au singulier et du sens au pluriel que peut revêtir ce choix ou ce projet. Une telle hésitation, une telle oscillation entre le singulier et le pluriel est révélatrice des incertitudes qui entourent les interrogations sur le sens ou les sens de ce que nous faisons ; si souvent on attribue un sens dominant à telle ou telle de nos entreprises, il apparaît vite que le sens ne saurait se laisser réduire à un seul bon sens pour rendre compte de la gouvernance de l’action, baignée plus par la complexité que par la simplification réductrice. Questionner le sens est donc un enjeu de grande importance dans la mesure où le sens est le support de la motivation à agir. Aussi nous interrogerons les quatre sens de sens qui correspondent en même temps aux quatre grands usages qu’en fait notre langue, le sens direction, le sens signification, le sens sensorialité et le sens sensibilité ; la question du sens devient alors celle des conditions d’articulation de ces différents sens qui doivent nous permettre de donner toute sa pertinence à la métaphore de l’embarcation, cette embarcation qui nous permet de voguer sur les eaux existentielles, sans sombrer si notre gouvernail peut recourir indifféremment aux quatre organes essentiels pour nous aider à naviguer : la proue du sens-direction, la quille du sens-signification, le mât du sens-sensorialité et la proue du sens sensibilité. Le recours à cette métaphore nous permet de refonder l’articulation entre le singulier et le pluriel du sens.

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  • Les perspectives positives de prévention visant à développer le “soi positif” et la gestion des relations à autrui tout au long de la vie

Annamaria DI FABIO, Professeure de psychologie à l'Université de Florence

De nombreuses données de recherche ont permis de démontrer l’effet de l’expérience professionnelle sur le bien-être psychologique et la satisfaction tout au long de la vie (Blustein, 2008; Fouad & Brynner, 2008). Cependant le contexte mondial a profondément changé en raison de la mondialisation et de la crise économique (Guichard, 2009, 2013; Savickas, 2011). Les individus doivent être “préparés” par le développement d’un large éventail de compétences psychologiques. Cela leur permet de faire face de façon adaptative aux défis et transitions récurrents, afin de gérer leurs vies et leurs carrières dans l’optique d’un bien-être psychologique (approche eudémonique) et d’une satisfaction de vie (approche hédonique). Les psychologues de l’orientation se réfèrent désormais à la nécessité d’aider à gérer la carrière et à “construire sa vie”, plutôt que de se focaliser sur le seul processus de choix professionnel. Ainsi, la perspective de “construire sa vie” et l'orientation professionnelle font maintenant partie intégrante de la prévention et de la promotion de bien-être (Di Fabio et Kenny, 2014). S’appuyant sur les théories de la carrière et de la construction de soi, ainsi que sur la psychologie positive, une nouvelle approche est présentée, visant à développer tout au long de la vie le “soi positif” et la “gestion des relations à autrui” (TSP et TGRA). Cette approche est en accord avec le courant du “sens de la vie” (Bernaud, 2013), en soulignant l’importance de la prévention afin de développer les ressources des individus et d’accroître leur bien-être sur les plans hédonique et eudémonique.
Cette nouvelle approche centrée sur le développement du “soi positif” et la “gestion des relations à autrui tout au long de la vie” (TSP et TGRA) permet de faire face au défi de la complexité qui est produit par la gestion de la dialectique du soi dans les relations à autrui. TSP et TGRA sont en phase avec la formule de Mark Savickas (2011): le besoin au 21ème siècle de deux nouvelles métacompétences qui sont l'adaptabilité et l'identité (Savickas, 2013; Guichard, 2013). Mais également, comptent grandement la conscience identitaire (Di Fabio, 2014), le travail et la vie en tant qu’activités fondamentalement relationnelles (Blustein, 2011), le projet professionnel et de vie également comme activités relationnelles (Di Fabio, sous presse), ainsi que la nécessité de renforcer la résilience des individus (Di Fabio & Kenny, sous presse; Kenny, Di Fabio, & Minor, 2014) dans la perspective de construire des ressources (Di Fabio & Kenny, en préparation). Une nouvelle intervention dans la perspective TSP et TGRA sera présenté : « Construire ma vie future de façon : a) déterminée, b) avec des buts, c) intentionnelle ». Par ailleurs, un nouveau concept dans la perspective TSP et TGRA sera brièvement présenté: "Le capital de soi intrapreneurial : un nouveau concept pour la prévention professionnelle et la construction de la vie au XXIe siècle ».

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  • L’impact de la mobilité professionnelle sur le sens du travail

Caroline ARNOUX, Psychologue, Responsable de la formation continue du département Travail Orientation Formation du CNAM

Dans la société actuelle tissée d’incertitudes, la question du sens donné par l’individu à la fois sur la vie et sur le travail devient un enjeu essentiel dans les problématiques d’orientation (Bernaud, 2013). L’individu est de plus en plus souvent confronté à des périodes de transitions professionnelles, et en particulier à des mobilités pouvant être volontaires ou subies. Mais quel est l’impact de ces mobilités sur le sens du travail et comment contribuent-elles au sens que l’individu donne à son travail ?
Cette étude visant à caractériser la nature de cet impact, repose sur une première phase qualitative portant sur l’analyse d’une série d’entretiens qualitatifs, et une deuxième phase quantitative avec l’administration de différentes échelles auprès d’un échantillon de plus de 300 salariés ayant ou non vécu une mobilité.
Nous examinerons les liens entre la mobilité et le sens du travail ainsi que l’influence des facteurs de personnalité et de locus de contrôle grâce à l’utilisation des échelles de traits de personnalité (Plaisant et al., 2010) et de locus de contrôle (Rossier et al., 2002).

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